L’eau fait partie de notre quotidien, personne ne fait attention à cet élément naturel que tout un chacun considère comme inépuisable. Il n’en est rien. « Nul ne connaît la valeur de l’eau jusqu’à ce que le puit tarisse ». L’eau a souvent été une thématique centrale au cinéma. Tout le monde a adoré l’interprétation magistrale d’Yves Montand, Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart dans « Manon des Sources ». Et c’est précisément notre Région qui est le cadre de ce film légendaire. Il y a donc urgence à s’intéresser à l’eau.

Voici les principaux extraits du discours que j’ai prononcé en ouverture de l’atelier de Nice des Assises Régionales de l’eau le 5 Novembre.

«  Au cours du forum de lancement des assises régionales de l’eau qui se sont tenues le 8 juin dernier, la démarche d’élaboration du Schéma d’Orientation pour une Utilisation Raisonnée et Solidaire de l’Eau a été officiellement annoncée par le Président Michel VAUZELLE. La volonté de s’engager dans cette démarche sur le thème de la ressource en eau exprime le souhait de la Région de construire une politique régionale de l’eau, à l’échelle des territoires de Provence-Alpes-Côte d’Azur, et ce en s’inscrivant dans un processus participatif inscrit dans la durée en lien direct avec les nouvelles prérogatives de l’Institution régionale dans le domaine de l’eau.

Le schéma de la ressource en eau se veut une initiative volontariste et non réglementaire, sous maîtrise d’ouvrage de la Région. Il s’agit d’une démarche partenariale inscrite au contrat de projet Etat-Région. L’Agence de l’Eau, qui soutient fortement la Région dans ce travail, est un partenaire privilégié. Elle nous incite à travers le projet de Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux, approuvé par le Comité de bassin le 16 octobre dernier, à nous lancer dans une démarche prospective et engagée au vu des objectifs ambitieux fixés pour atteindre le bon état de l’eau et des milieux aquatiques à l’horizon 2015.

Les principes retenus de mise en cohérence des choix d’aménagement du territoire et de gestion locale de l’eau, d’anticipation de l’avenir dans le partage de la ressource et de non dégradation des milieux aquatiques rejoignent directement nos réflexions actuelles. Il s’agit donc pour la Région animateur de cette démarche prospective, d’assurer la consolidation des connaissances sur les enjeux et les problématiques de l’eau à l’échelle régionale, de la ressource et des usages, des modes de gestion. La méthode retenue est celle de la concertation des acteurs et des citoyens intéressés par la question.

Vous l’aurez compris la Région initie à la fois une démarche et un cadre de travail aux vues des enjeux et des questionnements nombreux qui se posent sur la disponibilité de la ressource, l’évolution des usages et donc des modes de gestion dans un contexte de mutations aussi bien climatique, démographique qu’économique et qui constituent nos 3 fils directeurs à chacune de nos rencontres. Ce travail ambitieux ne peut être conduit sans l’appui et la participation de l’ensemble des partenaires.

Les assises régionales de l’eau du 8 juin ont annoncé les rendez-vous qui nous réunissent depuis le 15 octobre, soit une série de six ateliers thématiques. Ces ateliers de l’automne sont axés sur les principaux enjeux du Schéma de la ressource que la Région a la charge de construire. Avec ce quatrième atelier, nous allons aborder le sujet de la ressource en eau dans une vision prospective pour notre territoire régional. L’évaluation des ressources mobilisables est en effet essentielle dans les choix d’aménagement durable que nous aurons à faire tous ensemble dans le respect de cette ressource et de notre environnement.

- Transferts d’eau : quelles perspectives ?

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la ressource en eau peut paraître abondante du fait de sa position de réceptacle des eaux de grands bassins versants hydrographiques tels que ceux du Rhône et de la Durance. Cette caractéristique géographique a fait que l’eau est à la base du développement urbain grâce aux aménagements hydrauliques d’adduction en eau brute et potable qui ont été développés, favorisant d’autres activités : touristiques, agricoles, industrielles (hydroélectricité) ; l’eau est devenue une composante majeure du cadre de vie de la région essentielle pour le développement des territoires. Le contexte toutefois s’est profondément modifié et les enjeux ont évolué. Les perspectives liées au changement climatique, à l’évolution démographique de notre région particulièrement attractive et une nouvelle demande sociale pour la préservation de la biodiversité et les milieux doivent nous conduire à rechercher un meilleur équilibre entre aménagement et environnement.

De plus, force est de constater que la répartition de la ressource en eau reste inégale sur le territoire régional : territoires sécurisés en Basse-Provence du fait de l’organisation des transferts d’eau et des territoires alpins non-sécurisés qui commencent à connaître des situations de rareté de l’eau sous la pression conjuguée des effets du réchauffement climatique et du développement des usages de consommation en eau. Ainsi, la gestion de l’eau est stratégique et transversale notamment par son impact sur l’aménagement et le développement du territoire mais également pour le maintien durable de la qualité du cadre de vie, de l’environnement et des paysages en général. Les choix d’aménagement doivent se réfléchir autour de nouvelles règles collectives de partage de la ressource et de nouvelles gouvernances à inventer à différentes échelles, locales et régionales.

- Quelles alternatives au modèle des transferts ?

En parallèle de cette politique d’aménagement hydraulique qui se poursuit actuellement par la future liaison Verdon – Saint Cassien, il est important de travailler sur d’autres alternatives : la gestion de la demande en eau, les eaux souterraines actuellement peu exploitées, la réutilisation d’eaux usées, la récupération des eaux de pluie aussi. Avant tout, la question des économies d’eau et de la maîtrise de la demande paraît essentielle. Le modèle développé autour de la question énergétique doit nous servir d’exemple. Des efforts conséquents d’animation, de sensibilisation et d’investissements doivent être réalisés par tous en ce domaine pour un retour à une « culture méditerranéenne » qui retrouve les valeurs des paysages traditionnels de nos régions. Quant aux ressources alternatives (eaux souterraines, eaux usées, dessalement), il est important de les envisager en fonction des contextes locaux et comme possibilité de gestion diversifiée des ressources. Différencier les ressources en fonction des usages peut également être imaginé. La réutilisation des eaux usées traitées ne concernera que certains usages (arrosage d’espaces verts ou de golf comme nous l’a montré l’exemple initié par la Ville de Sainte Maxime) mais ne doit pas être écartée. Cette réflexion doit toutefois s’inscrire dans une démarche collective de gestion globale de la ressource et des besoins et une mutualisation des moyens.

- Quel devenir pour l’économie face à la rareté de la ressource en eau ? En particulier pour l’agriculture ?

Le développement économique sous sa forme actuelle montre de préoccupants signes de non-durabilité. La ressource en eau, comme élément du pilier « environnement » du développement durable apparaît donc de plus en plus comme stratégique et nécessite sa prise en compte dans le cadre de décisions publiques pour le développement des territoires. L’économie agricole est un élément fort de notre économie régionale et cette question de la gestion de la rareté de la ressource en eau va être un nouveau défi à sa capacité d’adaptation. Il est important de mettre à jour les moyens nécessaires à mobiliser pour cette mutation. Il faut rappeler que des efforts importants de conversion des systèmes d’irrigation ont déjà permis d’importantes économies d’eau sur le bassin versant de la Durance. Les questions de préservation du foncier agricole par rapport à l’urbanisation, de changement des pratiques ou des cultures doivent faire l’objet du débat de manière plus générale afin de n’occulter aucune difficulté et d’accompagner les bonnes volontés. Mesdames et Messieurs, je dirais pour conclure : Le défi à long terme est bien posé pour la Région et tous ses partenaires dans cet atelier : quel modèle de développement faut-il encourager pour les territoires permettant de concilier maintien d’une agriculture méditerranéenne de qualité, développement durable et raisonné de l’urbanisation, avec la préservation de la qualité des milieux aquatiques, et plus généralement de notre environnement, méditerranéen ?

Telle est la question complexe, lourde de sens à laquelle au travers de notre réflexion collective, je vous invite à répondre.