La prestation de Nicolas Sarkozy a été sans surprise. Le président n’a pas hésité à asséner des propos d’une logique qui ne peut que rencontrer l’adhésion, mais totalement déconnectés du réel.

Exemple la taxe carbone.
Le président a répété qu’il se battrait pour l’instauration d’une taxe carbone « aux frontières de l’Europe », une question qui est loin de faire l’unanimité parmi les 27. « On ne va pas imposer à nos industriels une taxe carbone et importer en France des produits fabriqués dans des pays où ils ne font rien pour protéger l’environnement », a-t-il expliqué.
Il a totalement raison sauf qu’il sait pertinemment que l’instauration de cette taxe est impossible au niveau des 27. Aussi, en affirmant ce principe il se dédouane pour la suite, lorsqu’il maintiendra l’exonération de la taxe carbone pour l’essentiel des entreprises. Ce sont donc bien toujours les citoyens qui paieront la taxe carbone.

2ème exemple : La titularisation des fonctionnaires! Qui pourrait être contre? En tout cas pas la gauche.
Nicolas Sarkozy s’est déclaré « prêt à envisager la titularisation progressive des contractuels » dans la fonction publique, dont il juge la situation « profondément anormale ». « L’Etat ne peut pas dire aux entreprises : faites des CDI, contrats à durée indéterminée, plutôt que des CDD, contrats à durée déterminée, et proposer des contractuels », a-t-il affirmé. Il s’est également déclaré très favorable à « la diversification des voies d’accès à la fonction publique », qui se fait aujourd’hui sur concours.
Sauf que dans la réalité, ce n’est pas ce qu’il se passe. Au contraire, y compris au pôle emploi, on privatise en affectant à des organismes privés le suivi de demandeurs d’emploi. Quand à la diversification des sources de recrutement, c’est, entre autre, le retour du « piston » en toute clarté.

3ème exemple: Proglio.
Lui je commence à croire qu’il s’est fait pièger. Il ne pourra cumuler ses fonctions de président non exécutif de Veolia avec son poste de PDG d’EDF que pendant « quelques mois », afin d’assurer une transition. « Quand la transition sera achevée il se dévouera à 100 % à ses fonctions à EDF », a déclaré Nicolas Sarkozy.
Je n’ai pas le sentiment au vu des premières déclarations de Proglio que c’était ce qu’il y avait dans le « deal » de départ. Proglio a réaffirmé à de nombreuses reprises son attachement à Veolia. Le chef de l’Etat a cependant défendu les salaires élevés des grands patrons à la condition qu’ils assument leurs erreurs : « Je préfère un bon patron bien payé qu’un mauvais mal payé [...]. Ce qui me choque, c’est le gros salaire qui ne correspond pas à une grosse responsabilité, c’est ceux qui sont contents quand tout va bien de ramasser l’argent et, quand ça va mal, il n’y a plus personne pour les malus », a-t-il ajouté. Une allusion très claire aux traders dont il n’a pas règlé le problème !

4ème exemple: Renault. Alors là, on atteint les sommets !
Le président a affirmé que les Clio 4 destinées à être vendues en France seraient produites dans l’usine de Flins (Yvelines) et que ce modèle ne serait donc pas fabriqué entièrement en Turquie. « La stratégie de Renault ces dix dernières années, je ne l’accepte pas », a-t-il déclaré. Interpellé sur une éventuelle interdiction des délocalisations, le chef de l’Etat a répondu que « ce n’est pas une question d’interdire ». « Si on veut vendre des voitures à la Chine, naturellement il faudra construire des voitures en Chine », a-t-il poursuivi, « mais je n’accepte pas que des voitures qui sont vendues en France soient construites à l’étranger ».
Que signifie le « pas entièrement », il est impossible d’avoir des précisions. C’est la même communication que le jour où il a reçu le PDG de Renault. En décodé, il n’a pas obtenu grand chose du PDG de Renault et le masque derrière des déclarations, là encore très logiques, mais totalement déconnectées de la réalité structurelle d’un groupe comme Renault aujourd’hui.

5ème exemple: le chômage.
Le président a commencé par s’attribuer un satisfecit en indiquant que le chômage n’avait augmenté que de 450 000 en France. Il a ensuite expliqué que « c’était en train de se retourner ». Ou l’a t’il vu jouer? Tous les indicateurs de proximité indiquent que chaque jour de nouveaux chômeurs viennent grossir les rangs du pôle emploi. Bien sur il s’agit maintenant de petits sous-traitants ou d’emplois induits par de grandes activités comme la microélectronique, mais la situation est loin d’être stabilisée.

6ème exemple enfin: Les banlieues. Elles ne sont abordées que par l’angle classique de la sécurité. Puisque la sécurité est à la base de tout: « On va tripler le nombre de caméras de vidéo-surveillance ». Je ne suis pas sûr que cette annonce soit à la hauteur des attentes des jeunes des quartiers qui, une fois de plus sont stigmatisés par un tel discours.

En résumé, du grand Sarko. Et quand je pense que l’UMP Mariani commence sa campagne en PACA en disant : « Ce que Sarkozy a réussi en France, nous le réussirons en région » !